Mémoire de l’Association humaniste du Québec sur le cours remplaçant Éthique et culture religieuse (ÉCR) — 2020

par Juin 3, 2020À propos de l'AHQ, actualités, Québec humaniste0 commentaires

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Montréal, Québec

Canada.

H2J 1L7

 

L’ÉCOLE de L’HUMANITÉ

mémoire pour un projet mobilisateur du Québec

Nous osons l’optimisme en vous soumettant

François Roberge , ministre de l’Éducation.

une proposition thématique que nous croyons être à la fois structurante pour le développement pédagogique des jeunes et aidante pour la culture du milieu scolaire. Le temps (libéré par le cours ÉCR) y est investi au développement de compétences interpersonnelles, de connaissance de soi, ainsi qu’au développement d’un esprit critique, curieux et porté vers la recherche du savoir.

Devenus incontournables en société, ces acquis permettront aux élèves de tous les niveaux de mieux apprécier tant leur cheminement scolaire personnel que les intervenants du milieu qui les y accompagnent. Ces notions de vivre-ensemble, revues sous un axe universel, favorisent une expérience positive de la vie scolaire et l’intégration de tous. Le but étant d’améliorer la satisfaction personnelle et donc le taux de diplomation des élèves, le choix éclairé d’un métier, ou l’accès aux études supérieures dans un monde hautement compétitif où la technologie prend une place importante. Ces notions sont reconnues comme étant les structures importantes de la vie professionnelle, familiale et citoyenne.

Nous croyons que le Québec a le devoir de demeurer compétitif en éducation et que l’atteinte de ce but doit être entreprise en insufflant passion et optimisme dans le milieu scolaire. Nous comptons sur vous, monsieur le Ministre, pour doter le Québec d’un système d’éducation fondé sur nos connaissances avérées en matière de développement personnel et intellectuel de nos jeunes.

Veuillez recevoir, monsieur le Ministre, l’assurance de notre soutien dans votre tâche.

Afin de la simplifier, nous avons divisé ce mémoire en deux parties :

LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL : La connaissance de soi, des autres et du monde

LA POURSUITE DU SAVOIR : La pensée critique et la méthode scientifique.

Michel Virard, Président, Association humaniste du Québec — 2020-02 Association humaniste du Québec — Mémoire sur le cours remplaçant ÉCR — 2020

Tout d’abord, l’importance exagérée donnée à la « culture religieuse » se doit de disparaître. Le nom du cours ne peut donc y faire allusion. Nous pensons que le phénomène religieux, s’il doit être étudié à l’école, devrait l’être au travers des cours d’histoire, plutôt que d’être amalgamé à un cours d’éthique, et ce sans aucune promotion des croyances religieuses.

Ce cours de la 1re à la 5e du secondaire devrait amener le jeune à la découverte de soi, des autres et du monde au travers un processus structurant basé sur l’exploration, l’expérimentation, la pensée critique (voir Partie II) et l’engagement citoyen et social. Ceci est proposé dans un cadre inclusif, axé sur des valeurs humanistes universelles.

Sans en faire un modèle didactique, nous soulignons les notions à aborder afin de bien expliquer la démarche proposée et d’en comprendre la portée à long terme. Les diverses mises en contexte seront adaptées au niveau scolaire et intégrées au curriculum facilement, car elles sont déjà en accord avec la philosophie de l’enseignement actuellement en vigueur dans tout le système scolaire.

Partie I — DÉVELOPPEMENT PERSONNEL : La connaissance de soi, des autres et du monde

1 — OUTIL DE CONNAISSANCE : L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE

EXPLORATION ET DÉCOUVERTE DE SOI

  • ÉMOTIONS RESSENTIES : les reconnaître, les nommer, savoir les définir
  • EXPRESSION DE SOI : approprier notre ressenti, savoir le partager
  • GESTION DU RESSENTI : comprendre et mieux vivre nos états émotifs
  • INTÉRIORITÉ : le plaisir du discours interne, notions de pleine conscience
  • CONTRÔLE DE SOI : s’approprier nos actions/réactions et non les subir
  • RÉTROSPECTION : notions dévaluation, de révision, de correction, de regret, de compassion et de pardon envers soi-même.

EXPLORATION DES GOÛTS, DES DÉSIRS, RELIÉS AUX SENS

  • LES GOÛTS alimentaires, la santé, la nutrition, les restrictions diverses, les allergies
  • L’APPRÉCIATION en matière de musique, d’art, de mode, d’expression de soi
  • LE CORPS : ses capacités innées, comment voir à sa sécurité physique et émotionnelle
  • LA SEXUALITÉ : notion d’intimité, du consentement, des droits à l’intégrité corporelle
  • TEMPÉRAMENT : intro/extraversion, la curiosité, l’efficacité, l’ouverture, la confiance

STRUCTURER SA VIE — NOTIONS DE DISCIPLINE PERSONNELLE

  • GESTION DU TEMPS : utilisation de l’agenda, journal quotidien, travail et loisir
  • BUTS ET OBJECTIFS : comment les fixer, mesurer son progrès, atteindre les cibles
  • ORIENTATION dans le monde des métiers et des professions, connaître les diverses disciplines et les tempéraments requis pour les exercer.

2 — OUTIL DE CONNAISSANCE : LES COMMUNICATIONS INTERPERSONNELLES

LES MOYENS DE COMMUNICATION

  • LES NIVEAUX DE COMMUNICATION : savoir différencier les diverses personnes avec qui nous échangeons et choisir les manières appropriées de communiquer. Par exemple, les amis, les professeurs, la famille, les autres adultes et figures d’autorité, les parents des autres, les personnes en service et les étrangers.
  • LES MÉTHODES DE COMMUNICATION : apprendre les divers moyens de communication directs et indirects et savoir les différencier, connaître le potentiel, les limites et les risques afférents à chacun et utiliser la formule requise, le verbal, l’écrit, le discours, le dialogue, etc.
  • PRÉSENCE NUMÉRIQUE ET RÉSEAUX SOCIAUX : reconnaître les droits et les responsabilités des diverses parties engagées dans un échange en tant qu’internautes sur les réseaux sociaux. Différencier rapidement le personnel vs le public, les influenceurs, la publicité, les prédateurs de renseignements, la cyberintimidation.
  • TYPES D’INTERACTIONS : analyse des degrés et de la nature des interactions humaines, apprendre à connaître les divers types : rapports d’autorité, rapports d’amitié, rapports amoureux afin de bien se situer dans notre environnement et interagir avec succès.
  • EXPLORATION DE L’AUTRE
  • DIFFÉRENTS, MAIS ÉGAUX : apprécier les similitudes et les différences avec autrui au travers du partage des apprentissages de soi, des goûts, de la personnalité, des traditions observées, des types de milieux d’origine et de familles, des préférences, etc.
  • VIVRE ENSEMBLE : savoir les effets de l’autre sur nous et de nous sur l’autre. Comprendre et combattre l’intimidation, le sexisme, le racisme, l’ostracisation, l’homophobie, le repli sur soi. Introduction au bénévolat comme moyen d’intégration à la vie d’une communauté.
  • BÂTIR DES LIENS DURABLES pour la vie. Apprendre à offrir et recevoir du soutien, vivre l’amitié, réussir à travailler au sein d’une équipe, dialoguer et débattre par plaisir, apprécier des points de vue contradictoires, enrichir les échanges et participer au bien commun avec nos savoir-faire et savoir-être, malgré et grâce à nos différences.
  • NOS DROITS ET OBLIGATIONS : notions d’éthique dans nos divers rôles sociaux. Apprentissage des droits et devoirs citoyens : le vote, le respect de la démocratie en classe, en société. Concepts de majorité, de suffrage universel, de neutralité de l’arbitre et de la justice.

Partie II — LA POURSUITE DU SAVOIR : La pensée critique et la méthode scientifique.

Nous avons la ferme conviction que l’absence d’entrainement à la pensée critique est l’obstacle majeur à l’apprentissage et à l’usage de plusieurs habiletés proposées, par nous et par d’autres, dans le reste du curriculum, principalement en fin de secondaire. Cette capacité à voir clair, débattre, argumenter, détecter les sophismes, etc. nous parait être un prérequis incontournable non seulement pour de futures études à dominantes scientifiques, mais bel et bien à toute activité citoyenne le moindrement conséquente.

Il est tout à fait regrettable que cette capacité soit présumée être acquise par « l’expérience de la vie » ou par des bribes, ici et là dans le curriculum standard, alors que nous découvrons avec stupéfaction que nos universités produisent encore aujourd’hui de présumés « scientifiques » incapables de distinguer une pseudoscience d’une science établie.

Il y a ici une occasion exceptionnelle pour le Québec non seulement de rattraper son retard en ce domaine, mais de prendre le leadership. En effet, il y a actuellement dans le monde occidental des forces qui s’organisent pour faire de la pensée critique, non pas un accessoire plus ou moins optionnel du curriculum, mais bien la colonne vertébrale de ce dernier. Que ce soit aux États-Unis avec des organisations comme la U.S. National Council for Excellence in Critical Thinking, qu’en France avec le CORTECS (Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique et science), qu’en Ontario avec les projets pilotes du Ministère de l’Éducation de l’Ontario (voir Prof. Christopher DiCarlo, à l’Université de Toronto), on se doit d’observer qu’il y a une prise de conscience, dans le monde de l’éducation, que quelque chose « manque » aux curriculums habituels.

Dans un article du journal Le Monde de juin 2019, le sociologue Gerald Bronner nous met en garde :

Si l’enseignement de la pensée critique est au coeur des ambitions du système éducatif français, comment expliquer dès lors que les « fake news » ou les théories complotistes rencontrent un tel succès auprès des plus jeunes ?

De notre point de vue, l’esprit critique n’a jamais été enseigné à l’école en tant que tel. Beaucoup de disciplines enseignent des fragments, en physique, en histoire, en philosophie, en économie, en sciences de la vie et de la terre : chaque cours participe en partie à mettre à distance nos intuitions, mais cela n’est jamais systématisé. Les enfants n’apprennent pas à comprendre leur compréhension, à connaître leur connaissance. Ils ne sont pas invités à se poser la question : comment savoir que ce qui est vrai est vrai ? »

L’entrainement à la pensée critique peut et doit commencer au moins au secondaire. Nous en laissons les détails pédagogiques aux enseignants. Toutefois, il nous parait indispensable d’aborder les thèmes suivants avant la fin du secondaire :

– Qu’est-ce qui constitue, ou ne constitue pas, un argument ?

– Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

– Qu’est-ce qu’un contexte ? En quoi est-il important pour établir la véracité d’un fait, la validité d’un argument ?

– Comment représenter graphiquement la structure d’un argument ?

– Comment évaluer les différents types d’évidences, et leur poids relatif ?

– Les principaux sophismes, en particulier ceux utilisés abondamment sur les médias sociaux !

La liste ne prétend pas faire le tour de la pensée critique, mais ce minimum devrait fournir une base solide à nos enfants. Nous ne leur devons pas moins. Notez aussi qu’il ne s’agit pas seulement de « faire connaissance » avec la pensée critique, mais bien de « pratiquer » la pensée critique. On comprendra alors la nécessité « d’ateliers », d’exercices, pour modifier réellement la façon qu’ont les élèves d’aborder les problèmes, de défendre leur solution, d’en tirer des conclusions. La pensée critique n’est pas un « savoir » comme les autres. Elle est la condition nécessaire à l’absorption de savoirs authentiques par l’élève.

Merci de donner à nos enfants les meilleurs outils disponibles.

Le Conseil d’administration de l’Association humaniste du Québec.

Février 2020 Association humaniste du Québec — Mémoire sur le cours remplaçant ÉCR — 2020

Notes historiques : L’Association humaniste du Québec remercie chaleureusement M. J.F. Roberge d’avoir eu le courage de donner suite à ses promesses concernant la refonte du cours ÉCR. Nous avions rencontré M. Roberge, alors député de l’opposition, le lundi 13 juin 2016, en compagnie de Lucie Jobin, Michèle Sirois et Andréa Richard.

L’Association humaniste a déjà fourni au gouvernement du Québec deux mémoires sur le cours ÉCR. Il s’agit donc ici du troisième mémoire sur ce même sujet. Le premier mémoire (2008) ne pouvait que s’en tenir aux intentions déclarées du ministre, ce qui nous avait paru, à l’époque, une approche intéressante. Toutefois, c’est à l’usage que nous avons dû réviser notre opinion sur le cours ÉCR. Nos membres ont alors tiré la sonnette d’alarme et l’examen des manuels ÉCR a confirmé une dérive très inquiétante : la partie Culture religieuse du cours avait été interprétée d’une manière tellement partiale en faveur de la crédulité religieuse, tellement intégriste dans ses représentations, tellement opposée au moindre sens critique qu’il était devenu impératif pour l’AHQ de dénoncer cette inacceptable dérive.

Nous avons alors produit, le 6 mai 2015, un second mémoire, appelé « Analyse du cours ÉCR par l’AHQ », et qui était une vive critique du cours dans sa version initiale.

 

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